Patrick Modiano: Unfall in der Nacht – Accident nocturne (fr. 2003 / 2014)

Unfall in der Nacht

»Spät in der Nacht, vor sehr langer Zeit, kurz bevor ich volljährig wurde, da überquerte ich die Place des Pyramides in Richtung Concorde, als ein Wagen aus der Dunkelheit auftauchte. Zunächst glaubte ich, er habe mich gestreift, dann spürte ich einen stechenden Schmerz vom Knöchel bis hinauf ins Knie.« Leicht verletzt wird der Zwanzigjährige zusammen mit der Fahrerin des »wassergrünen Fiats« ins Krankenhaus gebracht. Während er von Äther betäubt in einen tiefen Schlaf fällt, verschwindet die Frau.

›Unfall in der Nacht‹ erzählt von der Suche nach einer verschwundenen Frau in den Pariser Straßen, Kneipen und Cafés der sechziger Jahre und zugleich von der Kindheit des Ich-Erzählers, dessen Vater eines Tages ebenfalls spurlos verschwand.

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1 Kommentar

  1. Critique
    Modiano noche
    Par Jean-Baptiste HARANG — 2 octobre 2003 à 01:13
    Des noms, des lieux, des visages, comme autant de réminiscences. Patrick Modiano n’écrit pas toujours le même livre, il le continue.

    Les livres de Patrick Modiano ne disent pas tout, leur force vient de ce qui leur manque. Ils ont des absences, comme la vie a ses disparus, les gens des trous de mémoire. Les livres de Patrick Modiano ont besoin d’aide, de suivi, ils sont fragiles. Les pièces du puzzle sont rassemblées, il en manque, elles ne s’emboîtent pas tout à fait, toutes ne sont pas à la même échelle, toutes n’appartiennent pas au même dessein. Les pièces manquantes sont parfois dans le livre précédent, seront peut-être dans le suivant, comme ici, Accident nocturne qui semble assez bien se souvenir de la Petite Bijou. D’autres resteront au fond de la boîte lorsqu’on refermera le livre, on les aura prises en main, observées, on aura exploré l’horizon du livre pour trouver où les reposer, et puis on les repose au fond de la boîte, elles font partie du livre, y sont entrées, en sont ressorties, elles n’y avaient guère plus leur place que les personnages en ce bas monde, de passage, comme celui qui passe la tête dans l’entrebée d’une porte, par erreur, il referme sans déranger. Il a dérangé tout de même, rendu moins certain ce qui se passe dans la pièce.

    Les livres de Patrick Modiano font la part belle au lecteur, ils lui font confiance, ils ont besoin de lui, ils ont pris rendez-vous, ils s’allongent sur votre divan et semblent vous dire : voilà tout ce que j’en sais, voilà ce qu’il m’en coûte de le dire, maintenant, vous, si vous y comprenez quelque chose… Les personnages comptent sur leurs rêves pour éclairer leur vie. Ils ont semé des souvenirs derrière eux, comme des petits cailloux gris qu’ils ne sont pas sûrs de retrouver. Pour s’en tenir aux deux derniers, la Petite Bijou et Accident nocturne, les narrateurs sont tout encombrés d’eux-mêmes et cherchent pourtant à se voir de plus loin : un incident, un accident les réveille d’une tristesse nonchalante et date une sorte de présent de référence pour le livre, un événement qui sépare un avant et un après, que l’on pourra observer d’un «plus tard», le moment de l’écriture. Elle croise à la station Châtelet une femme en manteau jaune qu’elle prend (et c’est peut-être vrai) pour sa mère, il se fait renverser par une voiture place des Pyramides. A Paris.

    Tous deux, à un livre d’intervalle, ont des souvenirs d’enfance à Fossombronne-la-Forêt, tous deux ont la nostalgie de l’éther respiré et des petites bouteilles de verre bleu nuit, tous deux ont perdu un chien, tous deux ont été renversés par un véhicule, blessés à la cheville, tous eux ont été abandonnés par un parent, lui par son père, à dix-sept ans, livré à un commissariat, elle par sa mère, une étiquette autour du cou à la gare d’Austerlitz. Ils savent par coeur des numéros de téléphone à quatre chiffres qui commencent par «Passy», ou «Jasmin», «Trocadéro». Tous deux croisent une femme qui pourrait être leur mère, la petite Bijou la suit sans la héler, le narrateur d’Accident nocturne va jusqu’à la frapper. Tous deux, tous deux… N’allons pas croire que Modiano écrit toujours le même livre, non, au contraire, il continue le même livre. Chacun pourrait être personnage dans le livre de l’autre, ou bien le rencontrer dans un prochain, mais non, la littérature de Modiano n’est pas de rebondissements, les diables sont sortis depuis longtemps de leur boîte, ses clins d’oeil ne regardent que vers l’intérieur. De roman en roman, le mystère s’épaissit, la trame dramatique s’amenuise, et une sérénité d’abnégation gagne l’écriture. Les narrateurs ont l’âge, ils paraissent parfois plus jeunes parce qu’ils ont vingt ans quand le présent du livre installe l’époque, mais ils ont son âge, ils sont nés (parfois même comme lui à Jouy-en-Josas) quand la guerre finissait sans finir, quand la fin de la guerre inaugurait le temps obscur de l’après-guerre, il dit : «Les choses étaient encore simples, à l’époque, je n’avais pas la plus grande partie de ma vie derrière moi», page 29, et, trois pages plus loin : «C’est que j’arrive à l’âge où la vie se referme peu à peu sur elle-même.» Les dix-huit romans ont quadrillé Paris, les blancs de la carte sont plus rares que ceux de la vie. Paris. L’homme renversé a ses listes, les listes des hôtels où il a habité, ceux qu’il a occupés avec Hélène Navachine, la liste des noms d’emprunt laissés au réceptionniste des hôtels, la liste des cafés où il rencontra son père, une liste centrifuge jusqu’à la disparition d’un dos voûté dans les gris de Montrouge, liste de numéros de téléphone. Il n’a de réalité d’enfance que son carnet de vaccinations, et, prétend-il, pas la moindre nostalgie. La petite Bijou elle aussi avait une boîte, avec des lambeaux de souvenirs. Ce sont les mystères de Paris («j’avais toujours été très sensible aux mystères de Paris», page 38, «j’ai haussé les épaules et j’ai dit à Hélène Navachine que cela faisait partie des mystères de Paris», page 50), dommage, le titre était déjà pris.

    Mais la mémoire ne fonctionne pas comme un plan de Paris immobile, ni même un plan de métro. La mémoire s’égare, ou bien il faudrait retourner à Fossombronne-la-Forêt, «déjà à cette époque, j’avais le sentiment qu’un homme sans paysage est bien démuni. Une sorte d’infirme», page 140, mais non, Jacqueline Beausergent est fatiguée. Plus tard, peut-être, ils iront. Tous ces visages croisés et ces hommes étranges qui croisent des visages de femmes, tous nous disent quelque chose, un peu de notre peur, un peu pour nous rassurer. Ils ne nous disent pas tout. Il n’y a pas de tout. La petite Bijou s’endort trop fort à la fin de son livre. L’homme renversé retrouve la renversante Jacqueline Beausergent, ils montent ensemble un escalier. Il y a quelque douceur à être désespéré. Accident nocturne est un livre discret, parfait, il a besoin de nous. Il nous manque déjà, un petit bijou.
    Jean-Baptiste HARANG Patrick Modiano Accident nocturne Gallimard, 160 pp., 15 euros.

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